Principe de Jordan : un programme de prévention du suicide en péril
Bien qu'une interruption puisse être dangereuse, voire mortelle, un organisme de santé d'une Première Nation du Nord de l'Ontario affirme qu'il n'a pas d'autre choix que de mettre en pause une initiative de prévention du suicide chez les jeunes en raison des récents changements apportés par le gouvernement fédéral au principe de Jordan. Christopher Thind, directeur général du conseil des services de santé de la Première Nation de Kashechewan, explique que les gens sont bouleversés et effrayés par les conséquences potentielles de ces changements dans la communauté crie de la côte de la baie James. Il est vraiment terrifiant de savoir ce qui risque de se produire si l'on n'a pas accès aux ressources, indique M. Thind. Services aux Autochtones Canada (SAC) a annoncé ces changements radicaux le 10 février, les qualifiant de nécessaires pour assurer la viabilité à long terme du programme pour les enfants des Premières Nations, alors que le nombre de demandes de financement en souffrance a été évalué récemment à 135 000. Mais les nouvelles directives obligeront le conseil des services de santé à interrompre temporairement son programme Choose Life (choisir la vie) le 1er avril, selon M. Thind. Cela signifie qu'environ 1000 jeunes perdront l'accès aux soins et aux ressources, avec des conséquences potentiellement dévastatrices. Choose Life vise à combler les lacunes dans les services en fournissant du soutien en matière de santé mentale et de bien-être. Lancée en 2017, l'initiative s'adresse exclusivement aux 49 communautés du Nord de l'Ontario qui composent la Nishnawbe Aski Nation (NAN), une organisation régionale de défense des droits. Le principe de Jordan porte le nom de Jordan River Anderson, un garçon cri né avec des handicaps multiples en 1999, décédé à l'hôpital à l'âge de 5 ans. Il n'a jamais pu vivre chez lui parce qu'Ottawa et le Manitoba n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur la question de qui devait payer pour ses soins à domicile. Ce principe est désormais une règle juridique appliquée par le Tribunal canadien des droits de la personne pour prévenir la discrimination raciale dans la fourniture de services financés par le gouvernement. Malgré les efforts déployés pour obtenir un financement durable, Choose Life a été entièrement financé par le principe de Jordan, et les communautés doivent déposer des demandes de financement de groupe distinctes, de leur propre chef ou par l'intermédiaire d'un conseil de bande. Dans un communiqué de presse, les Services de santé de Kashechewan soulignent que les interruptions sont un problème courant qui touche les communautés de la partie occidentale de la région de NAN, certaines ayant dû suspendre leurs services dès l'été 2024. Dans le passé, Ottawa remboursait les communautés pour les dépenses engagées avant d'avoir reçu l'approbation officielle, mais les autorités Daniel Bierstone est pédiatre au St Joseph's Health Centre de Toronto et travaille également dans la région de la baie James. Photo : Daniel Bierstone Services aux Autochtones Canada n'a pas répondu à une demande de commentaire avant la publication de cet article. Le Dr Daniel Bierstone, un pédiatre de Toronto qui visite Kashechewan cette semaine, a réagi à la nouvelle de la suspension du programme avec stupeur et indignation. Cette situation serait inacceptable dans n'importe quelle autre communauté au Canada. Kashechewan a déjà été touchée par des crises se chevauchant, rappelle le médecin, notamment les évacuations annuelles en raison des crues printanières, une crise de l'eau contaminée causant d'horribles infections cutanées, une épidémie de streptocoques du groupe A invasifs et les crises de suicide qui ont mené à la mise en place de l’initiative Choose Life. Les interruptions de service amplifieraient probablement les sentiments d'abandon et de désespoir et augmenteraient les risques en séparant les jeunes d'un travailleur de santé mentale particulier qui a établi une relation de confiance avec beaucoup d'entre eux, souligne le pédiatre. La situation suscite déjà l'inquiétude d'une association nationale de pédiatres. Membre de la nation métisse de l'Alberta, il a écrit à la ministre des Services aux Autochtones, Patty Hajdu, le 10 mars, pour lui faire part de ses inquiétudes quant à la réduction de la couverture. L'Assemblée des Premières Nations (APN) est également préoccupée par les interruptions de service à partir du 1er avril, le premier jour du nouvel exercice financier du cycle de financement fédéral, comme le révèle une lettre obtenue par CBC Indigenous. Lors d’une entrevue accordée au début du mois, Mme Hajdu s'est contentée de dire que les demandes du principe de Jordan seraient toujours approuvées, ajoutant que son ministère disposait d'un plan d'urgence pour s'assurer que le programme continuerait à fournir des soins. Dans une déclaration complémentaire, la cheffe de l’APN affirme que l'Assemblée comprend qu'un certain financement est prévu pour l'année à venir, mais son étendue n'est pas claire. D'après un texte de Brett Forester, de CBC IndigenousLe plus effrayant serait la mort, en toute honnêteté. Il faut juste reconnaître que nous avons beaucoup de jeunes qui sont pris en charge par les services de santé mentale
, fait-il remarquer.Nous sommes très déçus que les changements apportés par SAC et le principe de Jordan nous aient obligés à suivre cette voie, mais nous avons exercé toutes les options possibles pour le moment, et l'état du programme est entre les mains de Services aux Autochtones Canada
, peut-on lire dans le communiqué.reviennent maintenant complètement sur cette directive
et demandent à l'organisation de santé de mettre fin à toutes les dépenses non approuvées, selon le communiqué.Des professionnels inquiets

Il n'y a pas de mots pour décrire l'ampleur de l'injustice qui se perpétue à l'égard des enfants et des jeunes autochtones d'ici
, affirme le Dr Bierstone, qui se rend dans la région de la baie James trois fois par an.Si elle n'est pas là [la relation de confiance], cela augmentera le risque de suicide dans la communauté. Ce n'est pas un euphémisme
, affirme le Dr Bierstone.Je suis très inquiet
, avoue pour sa part le docteur Ryan Giroux, pédiatre généraliste à Toronto et coprésident du comité de la santé des Premières Nations, des Inuit et des Métis de la Société canadienne de pédiatrie. Je m'inquiète de la rapidité avec laquelle cela s'est produit et de ce qui est perdu dans la ligne de mire, en particulier les programmes de prévention du suicide, par exemple
, explique le Dr Giroux.Le manque d'information est une source de stress et alimente la désinformation sur les niveaux de financement disponibles, le cas échéant
, a écrit la cheffe nationale Cindy Woodhouse Nepinak dans une lettre adressée à la ministre Hajdu le 5 mars.
Advertising by Adpathway









